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28.2.13


Saïd, Saïd et Jonathan ont ensemble une femme. Très jeune :

« Je n’ai pas 16 ans mais j’ai un fils, c’est un garçon, ses yeux sont bandés avec du sparadrap, il est si beau que parfois je ne peux pas le supporter. Je n’ai pas tout à fait 16 ans encore, mais j’ai plusieurs fils, ce sont des fils que j’ai créés, leurs yeux sont bleu-gris, ce qui est une couleur morbide, surtout pour les enfants en âges bas. J’ai eu une fille au départ, ensuite elle est devenue un guerrier, elle partait au combat, elle divisait les peuples qui étaient très nombreux, tout le monde l’appelait Daniel et Daniel ne m’a pas passé un seul coup de fil en 12 ans. Ensuite j’ai su par les réseaux sociaux qu’il était mort, je n’ai pas moufté, c’est ma discrétion, c’est ma politesse, c’est une partie de moi-même, c’est mon jardin ouvert, c’est quelque chose que je connais, mes deux maris sont fiers de moi, c’est ma manière de contenir la jouissance pour qu’elle éclate, c’est mon grave sommeil, c’est un problème qui m’a appartenu longtemps, c’est une déception, c’est une erreur que j’aime, c’est que je suis encore un peu jeune pour en parler. »

27.2.13


Saïd, Saïd et Jonathan ont ensemble une femme :
« Mon attitude. n’a pas de sens,  ma manière de manier la vie. n’a pas de sens, ma persévérance en matière de sevrage. n’a aucun sens, ma folie d’embrasser sur les photographie. n’a pas de sens, mon nez qui est bien court. n’a pas le sens qu’il faudrait, mes seins qui sont énormes. n’ont aucun sens, mes dents qui insistent pour tomber quand je mâche des bêtes. n’ont pas de sens, les images dont je m’entoure continuellement. n’ont aucun sens, elles n’ont aucun sens et d’ailleurs je m’en fatigue et d’ailleurs, par ailleurs je suis d’une grande fatigue qui d‘ailleurs puisque j’en parle n’est pas vraiment la mienne, que je porte mais qui – tu le sais bien - n’est pas vraiment à moi, qui m’est tombée par hasard par dedans, mais qui appartient à cette chose un peu vulgaire qu’est l’immense inconnu. Mon fils Daniel est partisan de l’immense inconnu, c’est pourquoi je l’admire. Je ne veux pas vivre très longtemps, tout m’est une lassitude. Je veux bien essayer d’agrandir ma patience, je vais te dire quelque chose mon petit chéri : tu marcheras seul, tout ton temps. »

26.2.13


Ils ont ensemble une petite femme noire :
« Mon fils est toujours dans mon ventre, il est suicidé, c’est pourquoi je l’admire, c’est pourquoi mon amour est devenu énorme et c’est pourquoi je peux dire des choses sûres : tu marcheras comme un fou mais tu n’iras jamais mieux crois-moi, tu ne pourras pas t’échapper. »
La petite femme glorifie le suicide. 

25.2.13


Saïd et Jonathan qui sont deux hommes beaux et courageux, qui sont russes, arabes, espagnols et juifs et sans doute fous d’architecture, de gastronomie, fous de leurs propres corps et de musique et de télévision et de métaphysique et de Feng Shui, qui sont sans doute à bout de contrôle, à bout de leur contrôle sur la vie, sur leur amour et sur leur solitude, leur habitude, sans doute à bout de contrôle, sans doute fébriles et calmes mais suants, Saïd et Jonathan bercent la petite femme qui est encore si jeune, si jeune :
Tu es tu es tu n’es pas morte
Tu es tu tu ne crains pas du tout la mort
Tu es tu es tu n’es pas morte
Tu es tu es tu déplies ta langue tes genoux ta rigole
Tu es tu tu tu es tu n’as pas la mort sur ta porte n’a pas tu n’as pas la mort au front n’as pas tu tu es tu tu es tu n’es pas du tout morte tu es tu es tu es tu es tu ne sens pas ta chair qui empeste tu es tu n’es tu n’es tu es si jolie jolie tu es si jolie notre petite petite tu es notre petite tu n’es pas décomposée tu es si si tu n’es pas morte tu n’es vraiment pas morte tu es tu es tu tu tu as ta fente qui coule tu es si tu es si tu es si si si tu es si tu n’es pas du tout morte


24.2.13

D’émotion l’on s’endort, l’on se voit endormi, l’on se voit au dessus de soi-même dans la chambre allumée encore, l’ont se voit, l’on sait que l’on est soi, l’on sait que l’on est, que l’on est définitivement plongé dans soi, dans sa propre idée de la vie, Saïd et Jonathan ne diront rien de contraire. Ils sont plutôt raffinés dans leur silence, l’on les voit, l’on l’explique par cette vision de deux hommes qui n’ont rien à dire. Ils sont incapables de surgissement, ils ont la parole en eux. Ils se sont mariés tous ensemble les trois, Saïd, Saïd et Jonathan et la petite que tu vois bien qu’elle dort. Ils ont construit des machines et finalement une maison, c’était l’hiver, c’était le vent et la peur des loups, parce que déjà la petite était complètement tarée. La tare, les loups ils aiment, ils ont cette gourmandise, c’est leur coquetterie. Une maison c’est dangereux, peut-être plus que les loups, Saïd, Saïd et Jonathan ne le savait pas avant, c’est ce qui arrive aux gens qui s’aiment trop. La petite dort, et Saïd, et Jonathan, ils vont sur youtube, ils regardent des lesbiennes qui s’embrassent dans la langue, ce qui est vraiment beau, ce qui est vraiment doux et familier. Ce qui leur rappelle leur enfance et même leur jeunesse, ce qui entraîne chez eux une excitation très simple, très ordinaire, et ils n’en demandaient pas plus. Et ils sortent et ils vont dans les bois et ils entendent les loups et ils s’enlacent, ils sont solides, ils sont nerveux mais solides.


© Denis Thomas

7.2.13

Les Cahiers Artaud de la revue Népenthès

Publications de deux de mes textes en hommage en Antonin Artaud, dans les Cahiers Artaud de la revue Népenthès. 










3.2.13

ElFuego Fatuo sur France Musique

Le 5 février 2013, diffusion d'une pièce poétique sonore d'ElFuego Fatuo, (son : Clara de Asis, texte : Laura Vazquez) dans l'émission électromania sur France Musique. Vous pouvez l'écouter en podcast ICI. Il est question d'ElFuego Fatuo à partir de la trente-sixième minute.