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26.11.13

Choses concrètes. Laura Vazquez

L'enregistrement d'un de mes textes a été diffusé sur les ondes de Radio Galère, dans l'émission FREE POETRY, présentée par Damien Morel et Fabrice Jahk.







Il s'appelle Choses concrètes.


2.11.13

«J'ai choisi le suicide, d'autres choisiront le meurtre.» Le dernier texte de Nicolas Boudin.






« Ce sera demain, donc. Ce sera entre 19h et 20h (je veux qu'il fasse encore jour). Ce sera dans un hôtel. Ce sera au pied du Canigou. Voilà pour les certitudes. »







Nicolas Boudin est mort, suicidé. Il avait 35 ans.
8 jours avant la mort, il a commencé son livre.
Il l’a terminé.
Le livre s’intitule 8 jours sous le soleil.
C’est un livre court, net, avec la décision de mourir.


« Vous en ferez ce que vous voudrez après, mais sachez que ce que j'écris ici, c'est la conscience d'une mort proche qui l'a dicté. »



Avant de se tuer, Nicolas m’a envoyé, par la poste, un disque dur externe contenant tous ses écrits et des images et de la musique.
Il m’a envoyé, aussi, une lettre, dans laquelle il me demande de faire quelque chose de ce dernier texte 8 jours sous le soleil.


C’est une chose très importante
Ce n’est pas important à cause de la mort
C’est important parce que le texte est bon


Voici quelques extraits de ce qu’il considérait comme son testament intellectuel :



« Je voudrais tout dire ou, du moins, en dire suffisamment pour que, au moment d'avaler ma bouteille, aucun regret ne vienne me perturber. »

« On ne croit pas en ce que l'on dit du monde, de soi ou des autres si l'on n'a pas, au même moment, pleinement conscience qu'on va mourir. »

« Si ma mort doit avoir un sens, c'est au fond celui de faire comprendre que le suicide est un geste foncièrement inexplicable : non pas tant parce qu'il n'y a pas d'explications, mais parce qu'il y en a trop. Il ne faut pas se méprendre sur ce dernier point. »

« Oui, je me dois d'être complètement honnête : je veux que vous sachiez ce que le suicide contient de... joie. »

« Je suis, pour l'instant du moins, incapable de dire si la façon dont, après ma mort, vous déformerez ce qu'a été ma vie, ce que j'ai pensé, ce que j'ai écrit ici, est ce qui stimule mon désir d'en finir ou ce qui, au contraire, me ferait presque renoncer à mourir. »

« Je voudrais qu'on me pardonne l'emphase avec laquelle je présente les choses même si, je le répète, je ne peux pas être plus sincère. Qui d'autre que moi s'est pris avec une telle force l'élastique du néant dans la figure ? Je sais très bien ce que j'ai pensé ce jour-là, en 2009, je l'ai même écrit et je le répète ici encore une fois : « toute mon œuvre tient dans l'espace qui me sépare de ceux qui, à ma place, auraient avalé une boîte de psychotropes ». Comment voulez-vous que quelqu'un comme moi fasse autre chose qu'écrire au moment où il se retrouve dans la situation qu'il a lui-même décrit ? Je sais qu'en écrivant ce que j'écris maintenant, j'épuise ce qu'il reste de sens à ma vie pour en donner à mon œuvre. C'est une certitude. »

« Suis-je  fou d'avoir fait le pari de mourir dans... quatre jours maintenant ? Cela sera-t-il suffisant pour donner du sens à une existence entière ? Aurais-je assez de temps pour être pleinement satisfait de ma dernière œuvre quand le moment sera venu d'en finir ? La réponse est dans la question : si je parviens à en finir,  c'est que cela aura bel et bien suffi. »

« Répétons-le : se suicider, c'est tuer le monde entier... car d'un point de vue psychologique, il n'en va pas autrement. Certes, c'est ce qu'il y a de terrible dans le suicide : il faut renoncer à tout un monde. Mais c'est aussi ce qu'il y a pour moi de plus grisant : si c'est le monde entier qui va s'éteindre avec moi, il est probable que ce monde, à travers mon corps, se défende, avec mes vérités, mes certitudes, mes convictions profondes... Je vais devoir tout expliquer de mon monde : voilà ce à quoi me contraint ma mort à venir. »

« Qu'y a-t-il après ? Mon courage serait sans faille si j'étais convaincu que c'est le néant qui m'attend... »

« Je hais les médecins, les hôpitaux, les maladies, la culpabilisation de ceux qui ne veulent pas se soigner, le culte de la longue vie, la glorification de ceux qui guérissent du cancer, la stigmatisation des fumeurs, l'hypocrite interdiction de l'euthanasie, et tant d'autres choses. »




Il était peintre, dans son manuscrit quelques notes sur la peinture :


« La peinture, c'est le visible : en creux de ce que vous comprenez d'un tableau, il y a tout ce que vous savez de l'être humain. Devant un tableau, vos ricanements sont votre stupidité, votre incompréhension est votre bêtise, votre mépris est votre arrogance. Une œuvre d'art est une faune, un drame, la scène où se jouent tout ce qu'il est possible de savoir d'un être humain. Qui ne comprend rien à la peinture ne comprend rien à la vie. »


« J'ai peut-être, au fond, choisi d'être peintre. Cela signifierait tout simplement que je ne l'ai jamais été. L'art, ce n'est pas une carrière, n'en déplaise aux étudiants en école d'art. »





Quelques-unes de ses œuvres :





























Il composait aussi, à partir de ses textes, quelques extraits :











Il composait aussi, à partir de ses tableaux, quelques extraits :












Et puis cette vidéo, que j'aime infiniment et dans laquelle il dit les mots que les objets lui évoquent :







Nicolas écrivait beaucoup, il laisse des dizaines de textes, que je vais ordonner, trier, que je vais envoyer. Des romans, de la poésie, des aphorismes, des commentaires à propos de l’actualité : Lampedusa, l’affaire Benitez, la télévision avec, par exemple, cette remarque cinglante et juste et drôle, à propos des chroniqueurs imbéciles de l’émission stupide « On n’est pas couché » :




« Je n'en peux plus de ces deux fientes. Cette émission m'irrite à un point tel que je voudrais déverser mon fiel ici. Ces deux crétins, Aymeric Caron et Natacha Polony, dont les attitudes ne sont pas sans évoquer les visages des nobles poudrés du XVIIIème siècle tels qu'on les voit dans les films les plus caricaturaux, se donnent en spectacle tous les samedis soirs dans un show avilissant où les insultes ad hominem sont voilées (« Votre livre m'a profondément ennuyé » « ah vous avez eu le courage de le finir très chère, hihihihihihi hohohohoho » + rires de hyène et visages boursouflés d'auto-satisfaction) et où il est de bon ton de piétiner les valeurs de la politesse, de la courtoisie, de l'élégance et du respect de l'autre. »




C’était un ami très doux, calme, fort, délicat, sensible, compréhensif, attentif, drôle, intelligent, étonnant, respectueux, prévenant, présent et beau.



Dans sa lettre, il m’écrit cette phrase : « Nous sommes le 18 octobre, il est 10h58, et je commence à rédiger des lettres à mes proches. Je suis d'un calme et d'une sérénité qui me surprennent, je te prie de le croire. »  Je le crois.

Je crois aussi qu'il va m'être bien difficile de faire publier ses textes, parce qu'ils sont très subversifs.


Voici la dernière image qu’il a bien voulu laisser de lui, à travers cette vidéo youtube, postée le jour de son suicide. 




Poème vidéo # 1 Le mois d'octobre 2013




Le mois d'octobre compte 31 jours. 1 mot par jour. 31 mots. C'est un poème vidéo.





LES CHOSES QUE JE REGARDE BOUGENT QUAND JE LES REGARDE ELLES SE CHANGENT QUAND JE LES REGARDE ELLES ONT TOUJOURS BOUGÉ ET MÊME QUAND JE NE LES REGARDAIS PAS DU TOUT